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Général Mizon, GMP : « Le défilé du 14 Juillet est l’expression ultime de notre cohésion nationale »
c.franck
mar 07/07/2026 – 08:30
Pour le général Loïc Mizon, gouverneur militaire de Paris, le 14 Juillet reste un moment d’une intensité rare, celui d’une communion. La fête nationale est à l’image d’une France qui avance, invente et protège. Le défilé, point culminant de cette célébration, montre la réalité d’une institution moderne en parfaite adéquation avec son époque. Une photographie fidèle de la société et de la diversité de la République. Entretien.
La célébration de la fête nationale s’inscrit dans un contexte de rupture géostratégique. Comment cette situation en affecte-t-elle l’organisation ?
Général Loïc Mizon : Le grand défi réside dans la prise en compte du contexte stratégique tout en préservant une permanence. Nos compatriotes sont attachés aux traditions. On ne saurait concevoir un 14 Juillet sans le pas lourd de la Légion étrangère, sans le faste de la Garde républicaine, ou sans les grands morceaux de la musique militaire. Pour autant, nous ne vivons pas en vase clos. La mise en scène de nos forces ne peut pas être séparée de l’environnement dans lequel celles-ci évoluent.
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Dans ce climat, quels sont les grands axes de cette édition ?
Le premier est lié à l’effort de la Nation. L’Assemblée nationale a voté la Loi de programmation militaire (LPM) rectificative, qui acte une augmentation de 36 milliards d’euros du budget des armées [par rapport à la dernière LPM, ndlr]. Lorsque nous demandons un tel effort financier à nos concitoyens, ceux-ci doivent en mesurer la traduction concrète. Le défilé matérialise la modernisation de nos équipements, l’effort de massification, l’esprit d’innovation et la cohérence globale de notre outil de combat.
Le deuxième axe concerne nos partenaires. Il s’agit de leur montrer que la France demeure une force solide, technologique et déterminée. Nous devons réaffirmer notre statut de puissance dotée d’une capacité rare : celle de fédérer, et ce, qu’il s’agisse de notre soutien continu à l’Ukraine – en matière de formation, de cession d’équipements et d’entraînements, sans pour autant être cobelligérants – ou des dispositifs de réassurance sur le flanc est de l’Europe. L’armée française est prête, lucide et apte à exécuter l’ensemble des missions.
Dans le bureau du général Loïc Mizon, aux Invalides (Paris), en mai 2026. – © SCH Christian Hamilcaro/Dicod/Défense
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Dans le bureau du général Loïc Mizon, aux Invalides (Paris), en mai 2026. © SCH Christian Hamilcaro/Dicod/Défense
Et le troisième axe ?
Ce dernier est de nature pédagogique. La guerre qui se déroule sous nos yeux, que ce soit au Proche-Orient ou sur le théâtre ukrainien, n’a plus rien à voir avec les conflits d’il y a dix ou vingt ans. Il est crucial de montrer que nous ne préparons pas la guerre d’hier, mais celle de demain. Et cela grâce à la masse de l’armée de Terre, à une Marine de combat et à une armée de l’Air et de l’Espace performante.
Quelles seront ces unités mises à l’honneur ?
Le cœur du défilé – ce que nous appelons « le bloc des troupes mises à l’honneur » – sera constitué par les soldats de retour des missions de réassurance sur le flanc est de l’Europe : hommes et femmes déployés au sein des battlegroups de l’Otan en Estonie et en Roumanie, formateurs militaires de la Marine nationale qui œuvrent au quotidien en Pologne, et unités de l’armée de l’Air et de l’Espace issues de la mission Baltic Air Policing. Derrière eux, 37 emblèmes des nations invitées défileront. Un choix d’une importance symbolique. Ces pays forment la Coalition des Volontaires : des nations souveraines, internationalement reconnues, du Japon à la Nouvelle-Zélande en passant par les pays baltes. Ajoutons à cela deux signaux forts : une mise en avant inédite de la réserve opérationnelle, avec des réservistes de grandes entreprises partenaires, comme le Groupe SNCF et le Groupe Airbus avec le Groupement des réservistes des entités de l’aéronautique, de la défense et du spatial (Greads). La présence de nos camarades des ministères régaliens (police, gendarmerie, douanes, administration pénitentiaire, sapeurs-pompiers) met en lumière le continuum défense-sécurité, pilier de notre résilience collective.
Quel message envoyons-nous à nos compétiteurs ?
Il est limpide : nous ne sommes pas seuls. Leur stratégie consiste à mener une guerre informationnelle agressive faisant croire à nos concitoyens que l’Europe et l’Occident seraient isolés, vieillissants et dépassés. La présence des drapeaux amis prouve le contraire. Nous sommes au cœur d’un réseau solide d’alliances, forgé entre les démocraties libres face aux autocraties.
Le général Loïc Mizon s’adresse aux troupes qui s’entraînent à défiler, en juillet 2025. – © GMP/Défense
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Le général Loïc Mizon s’adresse aux troupes qui s’entraînent à défiler, en juillet 2025. © GMP/Défense
Pourquoi le défilé militaire conserve-t-il une place centrale lors des célébrations de la fête nationale ?
La France s’est construite par et à travers son État, un État dont l’armée a longtemps été la colonne vertébrale. Le défilé militaire du 14 juillet est, au sens philosophique, le renouvellement annuel du contrat social. Il témoigne de la fraternité républicaine. C’est le moment où nous disons collectivement : nous appartenons à un corps social et historique qui s’appelle la France, avec son passé, ses forces, ses fragilités, ses zones d’ombre, ses échecs, mais aussi ses pages les plus glorieuses.
Nous nous présentons au monde tels que nous sommes : une armée d’un État démocratique, moderne, qui offre une photographie fidèle de la diversité de la République. Enfin, on ne peut pas séparer le défilé militaire des bals populaires, de la ferveur qui anime les casernes de pompiers, ou de l’après-midi de rencontre aux Invalides, où nous accueillons plus de 30 000 Français venus échanger avec leurs soldats. Dans « fête nationale », le mot le plus important est « fête ». La singularité et la noblesse de notre défilé en découlent ; il ne s’agit pas d’une démonstration de force désincarnée. Notre défilé plonge ses racines dans l’histoire républicaine et populaire de la France. Il est l’héritier de la fête de la Fédération de 1790, et il s’inscrit dans la lignée de la première revue des troupes à Longchamp après la défaite de 1870. Il résonne du défilé de la Victoire de 1919 et de la descente historique des Champs-Élysées par le général de Gaulle, le 25 août 1944. Cette histoire fait du 14 Juillet l’expression ultime de notre cohésion nationale.
Ce défilé revêt-il une importance encore plus cruciale dans une société saturée par les flux d’information ?
Le Premier ministre a rappelé que, si nous ne sommes pas formellement en guerre, nous ne sommes plus tout à fait en paix. Dans le cadre des stratégies hybrides de nos compétiteurs, la cible principale n’est pas uniquement militaire, elle est aussi psychologique : l’objectif est de fracturer notre cohésion nationale de l’intérieur en instillant le doute. Or, la force morale et la cohésion d’un peuple demeurent le premier facteur de son efficacité opérationnelle et de sa capacité de dissuasion. Le 14 Juillet matérialise cette force. Les chiffres parlent d’eux-mêmes : plus de 10 millions de téléspectateurs se rassemblent chaque année devant leur écran. Voir autant de Français, pour ce grand rendez-vous national, consacrer un jour férié à célébrer leurs armées témoigne d’un puissant besoin d’appartenance et d’unité. Notre rôle est de leur envoyer un signal fort, une promesse de stabilité : vous pouvez compter sur nous.
Certains observateurs qualifient le 14 Juillet de « grand-messe télévisuelle ». Comment l’adaptez-vous pour capter l’attention des jeunes ?
Il est vrai qu’aujourd’hui, notre grand défi est de rendre « l’expérience spectateur » – qu’elle soit vécue sur le pavé des Champs-Élysées ou devant un écran – la plus dynamique possible. Plusieurs changements ont été opérés. Nous avons, par exemple, repensé la cadence et l’espacement entre les différentes unités à pied et motorisées. Sans allonger la durée globale de la cérémonie, qui reste strictement fixée à deux heures, cette respiration offre un certain confort visuel. Elle permet aux commentateurs des chaînes de télévision de disposer du temps nécessaire pour fournir une information de fond sur la technicité des matériels et la nature des missions des unités.
Par ailleurs, des bornes wifi déployées aux abords des Champs-Élysées permettront au public présent dans les tribunes ou le long du parcours d’accéder, via le site internet du ministère des Armées et des Anciens combattants, à des informations utiles à la compréhension du défilé : programme, explication du logo, histoire et missions des unités défilantes… Enfin, un effort considérable a été porté sur la programmation musicale. Nous avons cassé les boucles répétitives, pour construire une véritable cohérence artistique, une narration musicale qui accompagne et rythme la progression des troupes.
Quant aux jeunes générations… Si les modes de consommation média évoluent, le format du 14 Juillet rend ce produit fédérateur unique. Les parts d’audience communiquées par les grandes chaînes restent exceptionnelles. À l’avenir, nous explorerons bien sûr de nouveaux canaux de diffusion numérique pour aller à la rencontre de cette jeunesse, mais le cœur du message restera le même.
Logo du 14 juillet 2026 : la simplicité pour mieux fédérer
Le 14 Juillet constitue une opération sous haute surveillance. Quel est votre rôle ?
La responsabilité de la sécurité publique sur le territoire parisien incombe aux forces de sécurité intérieure, sous l’autorité directe du préfet de police. Les armées n’agissent pas de manière autonome, elles apportent leur concours. Mon rôle s’articule, tout d’abord, autour des missions d’autorité territoriale et de coordination interarmées, dont le premier volet est terrestre avec l’opération Sentinelle. Ce jour-là, le dispositif s’adapte à la physionomie très particulière de la bulle festive : la concentration de la population le long des axes de défilé, autour des Invalides et des gares. C’est notre cœur de métier : nous adapter à l’actualité.
De plus, un dispositif particulier de sûreté aérienne, sous la responsabilité du Commandement de la défense aérienne et des opérations aériennes, sera déployé. Au sein de ce dispositif, la lutte antidrone fait l’objet d’un effort de coorganisation extrêmement poussé avec la Préfecture de Police. Un officier général de l’armée de l’Air et de l’Espace est colocalisé au centre de commandement de la préfecture de police, pour assurer une réactivité immédiate et une parfaite étanchéité de notre espace aérien.
L’expérience acquise lors des Jeux olympiques et paralympiques de Paris (JOP) a-t-elle permis d’élever encore le niveau de sécurisation ?
Il y a un « avant » et un « après » JOP, dans l’histoire des relations entre les armées et la Préfecture de Police. Le préfet de police, lui-même, a rendu hommage à la fluidité de nos relations. Aujourd’hui, nous n’en sommes plus à nous échanger des notes administratives figées : nous travaillons dans une logique de dialogue direct et en temps réel. Cette agilité est pérennisée et intégrée dans la planification de la sécurité du 14 Juillet.
C’est votre quatrième participation au 14 Juillet. Qu’est-ce que cela représente pour vous ?
Ma toute première expérience remonte à ma sortie de l’École spéciale militaire de Saint-Cyr. Vous foulez le pavé des Champs-Élysées au seuil exact de votre vie d’officier, juste avant de rejoindre vos unités opérationnelles respectives. Un moment d’émotion unique et fondateur. J’ai tenu, pour cette raison, à ce que les promotions d’écoles de formation initiale défilent désormais avec la totalité de leurs effectifs, et non plus par détachements représentatifs. Participer au 14 Juillet à Paris reste une fierté immense pour tout militaire ; j’en croise certains, en fin de carrière, qui expriment le regret de ne pas avoir connu ce rendez-vous.
Ma deuxième participation s’est faite à la tête de mon régiment. Une tout autre forme de fierté. Une partie de mes unités rentrait de l’opération Serval au Mali, et nous étions déjà en phase de concentration majeure, avant une projection sous l’égide de l’Onu au Liban. Le défilé a constitué une parenthèse extraordinaire, une bulle de cohésion régimentaire et nationale, suspendue entre deux engagements opérationnels. L’année dernière marquait mon premier défilé dans mes fonctions de gouverneur militaire de Paris, et j’aborde cette édition 2026 avec la même exigence. Pour le Parisien de naissance et « de jeunesse » que je suis, avoir la responsabilité de concevoir et de présenter cet événement, aux plus hautes autorités de l’État et à mes concitoyens, est un honneur.
Si vous deviez faire partager à nos lecteurs votre plus beau souvenir lié au 14 Juillet, quel serait-il ?
Les images fortes abondent. Si je devais n’en retenir qu’une, ce serait le moment où je me suis adressé aux troupes défilant à pied, sur le site de Satory, la veille de l’événement, l’année dernière. J’avais face à moi des milliers de militaires, une jeunesse d’une incroyable vitalité, des visages concentrés, des délégations étrangères… Un moment d’une rare intensité managériale et humaine. On se glisse alors dans la peau du coach sportif qui se livre à la toute dernière causerie, la dernière piqûre d’adrénaline à son équipe, quelques minutes avant que cette dernière ne pénètre sur la pelouse pour jouer un match capital. C’est cette force morale collective que nous offrons aux Français chaque 14 Juillet. Malgré la rudesse du contexte international, voire précisément à cause de cela, nous devons préserver la joie de ce moment.
