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Accélération, coopération, production : une DGA de combat pour « forger les armes de la France »
c.franck
ven 03/07/2026 – 13:00
Dans un contexte géopolitique évolutif et marqué par la mutation des conflits, la DGA s’est lancée dans un vaste plan de transformation. Face aux multiples défis actuels, elle fait le pari de l’agilité, de l’augmentation de la production et de la coopération, au service des armées. Alexandre Lahousse, ingénieur général de l’armement et directeur général adjoint de la DGA, en détaille les projets majeurs.
Les conflits contemporains montrent que les technologies, les modes d’action et les besoins opérationnels évoluent désormais beaucoup plus rapidement qu’auparavant. Quels enseignements la DGA tire-t-elle de cette accélération et comment transforme-t-elle sa manière de concevoir les capacités militaires de demain ?
Général Alexandre Lahousse : Nous sommes à un moment où tout s’accélère : combat collaboratif, drones et lutte anti drones, guerre électronique, maîtrise des fonds marins, résilience spatiale, cybersécurité, énergie embarquée, propulsion avancée, IA, quantique.
L’art de la guerre évolue considérablement et les défis sont immenses :
- l’emploi massif de drones dotés de charges explosives impose la recherche de solutions économiques de lutte anti-drones ;
- l’emploi de missiles balistiques montre l’importance accrue des systèmes de défense sol-air ;
- la guerre électronique crée un environnement fortement brouillé, et pousse au développement de systèmes pouvant poursuivre leurs missions dans cet environnement.
L’évolution du contexte impose à la DGA de s’adapter, comme elle l’a toujours fait, pour pouvoir équiper nos armées en boucles courtes au rythme du tempo des menaces. Cependant, la DGA doit aussi continuer à préparer les grands programmes qui structurent notre système de défense.
Pour cela, le plan de transformation que je mène répond à quatre objectifs :
- livrer plus et plus vite ;
- imposer nos choix techniques à l’industrie : le temps court se nourrit du temps long et pour aller vite, il faut maîtriser techniquement ce que l’on fait. Et la DGA dispose d’un exceptionnel socle d’expertises ;
- accroître nos exigences sur les prix : plus de commandes doit conduire à plus d’équipements, plus de masse. Cela implique de challenger les prix. Le nouveau département de cost-killing aura cette mission à compter de cet été ;
- augmenter notre recours aux outils européens : au-delà de notre BITD nationale, augmenter notre capacité de production passe aussi par la diversification et l’élargissement des chaînes de sous-traitance à l’échelle européenne. Pour mieux coordonner notre action, j’ai demandé la création d’un plateau Europe.
Alexandre Lahousse, ingénieur général de l’armement et directeur général adjoint de la DGA – © DGA Com
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Alexandre Lahousse, ingénieur général de l’armement et directeur général adjoint de la DGA © DGA Com
Depuis plusieurs années, l’état-major des armées et la DGA ont considérablement renforcé leur coopération. Pourquoi ce rapprochement est-il devenu indispensable pour convertir plus rapidement l’effort financier consenti par la Nation en capacités opérationnelles au profit des forces ?
Notre efficacité collective repose sur une méthode éprouvée : l’EMA émet le besoin, la DGA éclaire sur les scénarios technologiques industriels et budgétaires. Le travail commun sur les aspects capacitaires est continu pour assurer la cohérence d’ensemble du système de défense.
Afin d’équiper les forces de façon agile, l’EMA et la DGA ont mis en place la révolution des affaires capacitaires (RAC) afin de répondre au plus vite, voire d’anticiper la réponse aux besoins opérationnels. Une équipe pluridisciplinaire dédiée et permanente a été créée et se réunit hebdomadairement pour l’aiguillage et le suivi des projets. Depuis sa mise en place mi-2025, elle suit aujourd’hui une soixantaine de projets.
Parmi ceux-ci, on peut citer la démarche « Brigade bonne de guerre », dont le succès se poursuit au niveau division (dans le cadre de l’exercice DIV 27 de l’armée de Terre) ou encore le projet de détecteurs de brouillage GNSS KRYPTOJAM, dont 100 premiers exemplaires ont été livrés pour ORION 2026.
Mais pour les technologies à cycle court et pour innover, il est parfois difficile aux armées d’exprimer un besoin. Pour cela, la DGA a mis en place les centres experts référents (CeR), qui regroupent en plateau les experts techniques de terrain de la DGA et les utilisateurs quotidiens des armées. Les CeR agissent selon un principe de subsidiarité, en privilégiant l’action au plus proche du terrain, pour renforcer la réactivité, la capacité d’expérimentation et d’innovation du ministère des Armées et acquérir les premiers équipements.
Les armées s’adaptent à l’accélération des menaces
Accélération des technologies, extension des espaces de confrontation et évolution rapide des menaces : pour les armées françaises, l’enjeu n’est plus seulement de préparer le prochain conflit mais également de permettre aux armées d’évoluer au rythme des menaces auxquelles elles sont confrontées.
Les armées comme autorités d’emploi et la DGA comme autorité technique assument aujourd’hui le choix de ne pas systématiquement rechercher « le toujours mieux », mais « le plus cohérent dans le temps juste ». Que signifie concrètement cette évolution et en quoi modifie-t-elle les méthodes d’acquisition, d’innovation et de développement des capacités ?
L’identification d’un besoin calibré au plus juste provient d’un travail collégial d’analyse de la valeur mené en début de projet par les forces, la DGA et les industriels.
De leur côté, les CeR illustrent également la volonté du temps juste. Ce que j’ai demandé aux équipes, c’est de « mettre le plus vite possible du matériel dans les mains des utilisateurs ».
Pour cela, nous travaillons en plateau : en venant dans nos CeR, les armées trouveront de l’expertise technique, mais également un budget et des acheteurs. Les CeR achèteront des matériels à cycle court pour les évaluer techniquement et opérationnellement.
Dans le même temps, il faut attirer et tester les technologies nouvelles en offrant à des PME et à des start-ups l’accès à des moyens d’essais exceptionnels. Cela permet de maintenir notre connaissance du marché, et donc notre expertise technique.
Au-delà du « Faire faire », j’ai demandé que nous réinvestissions le « Faire avec », aussi appelé achat sur étagères, et également le « faire », c’est-à-dire la production de solutions par nous-mêmes. Le but n’est pas de faire le travail des industriels, mais d’assembler quelques briques technologiques en ayant les moyens de réaliser les pièces manquantes du puzzle, ce qu’on appelle l’interstitiel : quelques lignes de codes par ci, quelques interfaces physiques par là.
C’est important pour développer notre expertise, surtout celle des jeunes, comme nous l’avons fait sur les projets Smokers1 en 6 mois ou DENEB2 en 3 mois.
En synthèse, l’objectif est d’aller vite, de faire évoluer vite, de tester vite et de livrer vite avec l’ensemble des acteurs en région, utilisateurs militaires, experts de la DGA et entreprises.
Cette logique d’accélération concerne également l’industrie de défense. Quels changements ont été engagés avec la Base industrielle et technologique de défense pour gagner en réactivité, en robustesse et en capacité de montée en puissance ? Peut-on déjà observer des traductions concrètes de cette transformation ?
Depuis 2023, nous menons un chantier « Economie de guerre » sur l’ensemble des axes :
- une augmentation des capacités de production (CAESAR x 3 en 2026, SERVAL x 3 en 2026) ;
- une disponibilité des ressources humaines et financières ;
- la sécurisation des approvisionnements ;
- l’amélioration de la sécurité physique et cyber de la BITD ;
- le renforcement de l’agilité de la relation DGA/BITD, notamment par des contrats plus souples et plus agiles grâce à l’ingénierie contractuelle de la DGA.
La DGA de combat a besoin d’une BITD de combat qui, après la phase de réarmement, est capable de tenir dans la durée. L’exercice Orion 2026 a permis aux armées, à la DGA et aux industriels de travailler de concert à l’élaboration de plans de haute intensité.
Pour les systèmes conçus par la DGA dans le cadre du « faire », il sera fait appel à des entreprises qui fabriquent sur plans, favorisant ainsi l’arrivée de nouveaux entrants dans la BITD. Par ailleurs, le recours à l’industrie civile (par exemple des équipementiers automobiles) apporte une aide afin de concevoir des systèmes plus simples pour la production, ainsi que des capacités de production de masse.
Enfin, la DGA a organisé, début juin, le wargaming « Endurance » impliquant les forces et les industriels pour évaluer la capacité de montée en puissance industrielle en cas de haute intensité et identifier les freins, que nous allons traiter pour les supprimer.
Les armées doivent à la fois intégrer rapidement les enseignements des conflits actuels et préparer les capacités qui structureront leur action pendant plusieurs décennies. Comment la DGA parvient-elle à concilier cette exigence d’adaptation rapide avec la conduite des grands programmes qui engagent l’avenir de la défense française et européenne à l’horizon 2050 et au-delà ?
La DGA est une administration unique en Europe, copiée mais pas encore égalée, qui a l’habitude de se transformer et de s’adapter.
Le plan de transformation de la DGA injecte des méthodes agiles à tous les niveaux. Si la révolution des affaires capacitaires touche à la manière de fonctionner au niveau des états-majors centraux à Paris, les centres experts référents visent à insuffler cette dynamique en local, mettant en place un dialogue resserré entre « gens du terrain », experts de la DGA ou utilisateurs opérationnels. Cette volonté d’accélérer sous-tend aussi le besoin de challenger les prix, ce qui sera renforcé par la création du département de cost-killing.
L’agilité consiste aussi voir plus large, les yeux ouverts sur le champ européen. Ce dernier offre de nombreuses opportunités, pour lesquelles le plateau Europe créé en septembre à la DGA sera le point focal.
La DGA de combat est une DGA agile, capable d’anticiper et de préparer tout à la fois le temps court et le temps long, le premier choc avant 2030 évoqué par le chef d’état-major des armées et la préparation de l’avenir. Plus que jamais, elle affirme sa capacité à se transformer sans jamais renoncer à sa mission : forger les armes de la France.
1 Système Maritime Opérationnel, Kamikaze, Evolutif, en Réalisation Souveraine : fait référence au projet de munition téléopérée navale développée en interne au ministère des Armées et des Anciens combattants, dans des délais réduits.
2 Charge utile de guerre électronique pour transformer un drone en destructeur de brouilleurs.
