le 28 janvier 2026 à 6:00 PM Début février 1954 fut sibérien !

Republié via Innoreader Lire la Suite

 

 

L’hiver 1954, le plus froid depuis la guerre, est marqué par l’action de l’Abbé Pierre.  De nombreux sans-abri souffrent de ce froid intense. La première vague de froid et de neige frappe le Nord et le Nord-Est du 1er au 9 janvier.  Du 22 janvier au 7 février, le froid est plus intense et généralisé, touchant toute la France.  Les principaux cours d’eau gèlent, dont le Rhône à Arles.  Une banquise de 7 hectares bloque l’avant-port de Dunkerque.  L’embouchure de la Canche est gelée, piégeant les bateaux de pêche d’Etaples.

 

Le froid polaire atteint son apogée entre le 31 janvier et le 2 février, avec des vents violents rendant les conditions atmosphériques difficiles.  On relève des températures glaciales de -25°C à Luxeuil-les-Bains, -21°C à Mulhouse, -17°C à Nancy, -16°C à Reims et -13°C à Paris.  Le ressenti est plus rude, entre -25°C et -40°C.

 

La tragédie frappe à 30 km de Paris, au camp de Pomponne, où plusieurs bébés, dont un de trois jours, meurent dans des roulottes ou des carcasses de voitures.  Cet événement suscite l’indignation et l’émoi, mettant en lumière le manque de logements décents.  

Le gouvernement refusait d’accorder des crédits pour des cités d’urgence, la reconstruction de l’après-guerre étant prioritaire.  Face à cette situation, les secours pour les sans-abri se sont rapidement organisés. En Île-de-France, des centaines de personnes ont trouvé refuge grâce à l’appel de l’Abbé Pierre sur Radio-Luxembourg. Avec ses 200 compagnons d’Emmaüs, ils ont ouvert 40 refuges en quatre jours.  

L’Abbé Pierre, figure emblématique de cette mobilisation, recueille plus de 150 millions de dons à l’hôtel Rochester à Paris.  Des milliers de couvertures, des appareils de chauffage catalytique, des poêles à mazout, des matelas, des lits et des jouets sont collectés. Des repas chauds sont distribués. La préfecture de police de Paris met à disposition des sans-abri les hôpitaux, les locaux des commissariats et certaines stations de métro. Seuls quelques irréductibles refusent toute aide.  En remerciement pour l’aide française lors des inondations de l’année précédente, la Croix-Rouge Néerlandaise envoie 250 couvertures. M. René Coty fait un don à la Croix-Rouge internationale. Le ministère de la Santé publique accorde une subvention exceptionnelle de 4 millions aux œuvres d’hébergement des sans-abri.  Les bidonvilles disparaîtront à la fin des années 1960, mais le problème des sans-abri (SDF) persiste. De nombreux « vieillards » souffrent du froid et de congestions. Les intoxications au dioxyde de carbone dues à des chauffages défectueux sont fréquentes.

 

À Paris et en banlieue, la forte demande de chauffage baisse la pression du gaz, privant certains foyers de combustible.  Le mazout et le fuel, difficiles à manipuler et à transvaser à cause du gel, s’épaississent s’ils ne gèlent pas.  Les Halles manquent de fruits et légumes : les endives sont introuvables et les pommes de terre rares. À Nancy, un marchand de vin en gros découvre que ses 200 hectolitres ont gelé et doit les ramasser à la pelle.  Malgré ces difficultés, la glace de l’étang du Bois de Boulogne, épaisse de plus de 15 cm, permet le patinage, attirant des milliers de personnes de tous horizons.  L’ambiance y est conviviale, contrairement au début du siècle.  Cependant, la mort de 21 enfants par noyades en Angleterre rappelle les dangers du patinage sur les étangs.

 

Les 5 et 6 février 1954, une tempête de neige exceptionnelle frappe le Languedoc-Roussillon et la Basse vallée du Rhône. Perpignan est ensevelie sous 85 cm de neige, bloquant la circulation.  Des tranchées sont creusées pour les piétons.  L’effondrement de 28 maisons cause des dommages matériels importants, estimés à des centaines de millions de francs.  Le garage des trams est le premier touché, endommageant gravement les véhicules. Trois autres garages perpignanais et le bâtiment des halles centrales subissent le même sort.  Des chutes de neige importantes sont aussi enregistrées à Carcassonne, aux Saintes-Maries-de-la-Mer et à Montpellier.  La région est isolée, et le mistral et la tramontane forment de grandes congères. Des bulldozers dégagent les routes principales.  Dans le Sud, où la neige est rare, cet événement est accueilli avec enthousiasme par les enfants et souvent par les adultes.

Dans l’Est, le froid intense pousse loups et sangliers à quitter leur habitat naturel pour chercher de la nourriture, les rapprochant des zones urbaines.

 

 

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